La faiblesse de Dieu

Le Christ de Saint Jean de la Croix (Salvador Dali, 1951)

Frères, le Christ ne m’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, non avec la sagesse du discours (en sofia logou), ce qui rendrait vaine la croix du Christ. Car le langage de la croix est folie (mwria) pour ceux qui vont à leur perte, mais pour ceux qui vont vers leur salut, pour nous, il est puissance (dunamiV) de Dieu. L’Écriture dit en effet : Je perdrai la sagesse des sages et j'anéantirai l’intelligence des intelligents. Où est-il, le sage ? Où est-il, le scribe ? Où est-il, le raisonneur d’ici-bas ? La sagesse du monde, Dieu ne l’a-t-il pas rendue folle ? Puisque, dans la sagesse de Dieu, le monde n'a pas connu Dieu par la sagesse, il a plu à Dieu de sauver les croyants par la folie de la prédication (dia thV moriaV tou khrugmatoV).

Alors que les Juifs réclament des signes (shmeion), et que les Grecs cherchent une sagesse, nous prêchons un Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs. Mais pour ceux que Dieu appelle, qu’ils soient juifs ou grecs, ce Christ est puissance de Dieu et sagesse de Dieu. Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu (to asqeneV tou qeou) est plus forte que les hommes.

***

Dans les versets qui précédent immédiatement ce passage de la première lettre aux chrétiens de Corinthe, Paul s'efforce de trancher des conflits de personnes qui ont éclaté au sein de la communauté, conflits d'allégeance à Apollos, Paul ou Céphas, entre celles et ceux que ces "leaders" avaient baptisés. C'est la raison pour laquelle Paul affirme aussi nettement qu'il n'a pas été envoyé pour "baptiser" et en tirer quelque autorité sur des obligés mais pour annoncer l'évangile-bonne nouvelle. C'est sa priorité.

Et la "bonne nouvelle" de Paul, ce n'est pas un discours de sagesse, c'est, littéralement "le langage de la croix" (to logoV tou staurou). Ce langage de la croix est évidemment une folie aux yeux du commun des mortels, folie que Paul va moduler : "scandale pour les Juifs et folie pour les Grecs". Aux signes que réclament les Juifs à Dieu, à la sagesse que cherchent les Grecs, ne répond que la croix. Puisque ce langage fou de la croix constitue le cœur de la prédication paulinienne, il confère à celle-ci sa folie. Sur et par la croix, la sagesse de Dieu est devenue folie et cette folie est en même temps puissance et faiblesse de Dieu, Dieu s'affirmant puissant dans et par la faiblesse de son Fils.

Par la prédication de Paul, le supplice romain subi par Jésus devient un langage de salut porté par le Christ. Tous ceux qui plus tard mourront "au nom du Christ", ceux et celles qu'on nommera "martyrs", de victimes seront exhaussés instantanément en témoins par "le langage de la croix", véritable "affirmation de la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive" (j'emprunte à Romain Gary cette définition de... l'humour).


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le verre d'eau fraîche

Un Royaume sans apartheid

« Mon Père est toujours à l’œuvre » (II)